Bibliothèques d’Asie du Sud-Est

Le Blog d’une conservateur en disponibilité devenue pour un temps « travelling librarian »…

Valorisation des manuscrits sur feuilles de palmier (quelques exemples) juillet 9, 2007

Filed under: bibliothèques à Bangkok,patrimoine — boscaurelie @ 3:37

Catalogage et édition de textes

Depuis une trentaine d’années, Jacqueline Filliozat est chargée par l’Ecole Française d’Extrême-Orient (EFEO) du catalogage de diverses collections de manuscrits pâlis, en Asie (Cambodge, Laos, Thaïlande, Taïwan…) et en Europe (manuscrits pâlis en écritures cambodgiennes en France : 330 à la Bibliothèque nationale de France, 97 à l’Ecole Française d’Extrême-Orient, 49 au Séminaire des Missions Etrangères de Paris, 12 à l’Institut de Civilisation Indienne du Collège de France, 5 à la Société Asiatique, soit plus de 3000 textes). Ce catalogue est publié sur CD-Rom.

En Thaïlande, les manuscrits sont conservés à la Bibliothèque nationale et surtout dans les monastères où ils ont été déposés, souvent dans de très mauvaises conditions.

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Bibliothèque du Vat-Pho (ancienne bibliothèque, dans l’enceinte du temple, à gauche, et nouvelle bibliothèque à droite, où sont conservés plusieurs milliers de manuscrits)

Ce patrimoine écrit semble peu intéresser les autorités thaïlandaises, aux yeux desquelles les monuments sont plus facilement valorisables pour le tourisme. D’autre part les moines d’aujourd’hui ne savent plus lire le pâli et peu sont motivés pour l’apprendre (contrairement aux étudiants et chercheurs japonais).

De nombreux textes inédits (plus d’une centaine) ont été découverts pendant cette entreprise de catalogage, dont certains ont été et seront publiés par Mme Filliozat, et d’autres par des équipes japonaises d’Otani University.

Pour les manuscrits du Laos, voir ce lien (hébergé par la Bibliothèque nationale de Malaisie!).

Pour l’Inde, qui possède plus de 5 millions de manuscrits, les 5 premiers volumes du catalogue des manuscrits sur feuilles de palmier ont été publiés par l’Institute of Asian Studies, dans le cadre du projet « Memory of Asia », Unesco, Mémoire du Monde. Mais surtout, en 2003, le gouvernement indien a lancé un programme pour la préservation et l’accès aux manuscrits en Inde, la Mission nationale pour les manuscrits, dont une partie des tâches est centrée sur les manuscrits sur feuilles de palmier. La base de données nationale pour les manuscrits, en ligne depuis 2007, contient 100 000 notices de manuscrits et 2500 de catalogues imprimés. La recherche est possible par titre, auteur, sujet, écriture, langue, sujet, support. Jeter un oeil au nombre d’entrées proposées pour “écriture” et “langue” donne une idée de la richesse de ce patrimoine ! Pour un apercu visuel, voir la galerie de photographies (dont un manuscrit sur feuilles de palmier en forme de poisson). NB : les 30 manuscrits du Rigveda (Bhandarkar Oriental Research Institute, Pune, Inde), viennent d’être ajoutés sur la liste de la Mémoire du Monde de l’Unesco.
En savoir plus sur les champs de catalogage: ici.
La Mission pour les Manuscrits propose également des cours tous niveaux en “manuscritologie” et en paléographie. Des centres sont spécialisés pour la conservation.

Numérisation

Tous les manuscrits étudiés par les chercheurs japonais en Thaïlande sont photographiés avec un appareil numérique et les clichés sont mis à disposition de l’EFEO.

En 2003, a été lancé un programme de numérisation des archives et manuscrits cambodgiens, mené conjointement par l’Institut Bouddhique de Phnom-Penh, les Archives Nationales du Portugal et la Société Asiatique (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), avec le soutien financier de la Communauté Economique Européenne, dans le cadre du programme « Asia Information Technology and Communication ».

Expositions en ligne

En 2000, une exposition conjointe de la Smithsonian Institution et de la Siam Society a mis en lumière les cadeaux royaux de la Thaïlande aux Etats-Unis, dont des manuscrits conservés au Département d’Anthropologie de la Smithsonian Institution.

En 2006, l’Université d’Arizona a organisé une exposition après un don de 100 manuscrits sri lankais sur feuilles de palmier.

Conservation

library-lake.jpgBibliothèque de monastère, entourée d’eau pour protéger les manuscrits des rongeurs

wang-na-cabinets8.jpg Bibliothèque du Palais du Wang-Na dans son état originel, avec les cabinets à manuscrits (le Palais abrite aujourd’hui le Musée national de Thaïlande)

Plusieurs ressources :

Jacqueline Filliozat :  » Caring for Pali Buddhist manuscripts on palm-leaves « , conférence donnée à la Siam Society, Bangkok, le 20 mars 2003. 14 p. Texte disponible sur EFEO DATA.

Deux publications du Département de la Préservation de Cornell University portent sur les manuscrits sur feuilles de palmier : stabilisation et boîtes de conservation (avec un patron pour les fabriquer!), conservation et stabilisation (avec la recette de la mixture pour réparer les brisures, cassures, etc. – Sûrement beaucoup mieux que le papier de mûrier, très blanc et peu esthétique, utilisé à la Bibliothèque nationale de Thaïlande…)

Recherches en conservation en Inde. Sont-ils au courant des publications de Cornell concernant la réparation des feuilles de palmier ?

Conservation et numérisation des manuscrits enroulés du Népal.

Et plus généralement, sur la Conservation en Asie du Sud-Est.


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Ecrire la parole du Bouddha – ou un peu de codicologie… juillet 8, 2007

Filed under: bibliothèques à Bangkok,patrimoine — boscaurelie @ 10:54

Les manuscrits thaïs (mais aussi indiens, cambodgiens, laotiens, birmans, sri lankais) sont traditionnellement écrits sur feuilles de palmier, appelées ôles ou olles, qui, une fois traitées (cuisson avec de l’eau de riz, séchage, découpage, cuisson au four, etc) résistent relativement bien au climat.

Les feuilles sont reliées par une ficelle en liasses de 20 à 30 feuilles , chaque liasse étant numérotée de manière alphanumérique. Des lignes sont tracées sur chaque feuille grâce à une petite planchette dont les 5 ficelles tendues à l’horizontale servent de cordeau. Le scribe grave alors chaque lettre, accrochée sous la ligne, à l’aide d’un stylet, sans bouger la main mais en faisant avancer la feuille. Pour être visible, le texte est ensuite encré avec une préparation à base de suie.

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Scribe écrivant sur une ôle, aquarelle indienne, 1831, Exposition l’Aventure des écritures, BnF / Moine novice s’exerçant à écrire le pali, sur feuilles de mûrier

Les plus beaux manuscrits sont peints ; les tranches peuvent être lacquées et dorées, peintes ou ciselées.

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Manuscrit peint (stupa / anges), texte : Sutra Phra Malai, sur papier, cadeau de l’Etat Thaïlandais, 1966, Département d’Anthropologie, Smithsonian Institution

ms-illustr.jpgDétail (marge gauche) d’un manuscrit peint sur papier de mûrier

Le manuscrit est protégé par des ais de garde en bois, sculptés en ronde bosse, laqués, peints, marquetés, en ivoire, … Enfin le tout est enroulé dans un tissu de soie ou de coton, ou dans un « tissu de rebut » : robes de moines, robes royales, robes de sages, qui ont subi un traitement particulier (tissu trempé, lacqué puis séché).

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Les textes religieux sont le plus souvent notés sur feuilles de palmier ou sur papier (papier de mûrier) plié en paravent. Les manuscrits d’apparat peuvent être notés sur cuivre ou sur ivoire.

La langue dérivée du sanskrit utilisée pour noter les textes religieux de bouddhisme theravada est le pâli, langue supposée être celle du Bouddha, qui peut s’écrire avec différentes écritures.

Les manuscrits conservés en Thaïlande ne sont pas très anciens. Certains portent des indications de date : soit la date elle-même, soit le nom du monastère, du donateur ou du roi, le sceau du roi… La plupart datent du 18e et du 19e siècle, la copie de manuscrits était courante jusque dans les années 1950 !

vat-po-sceau-royal.jpgSceau du roi Rama III (1824-1851) sur un manuscrit du Vat Po

Les manuscrits copiés, notamment ceux du Tripitaka, ou canon bouddhique (corpus de 500 à 600 manuscrits) étaient offerts à des monastères, afin d’acquérir des mérites et renaître dans le Nirvana. Ces manuscrits n’étaient ni lus ni utilisés ! En effet la tradition de transmission était, et est toujours, purement orale. Les manuscrits étaient rangés dans la bibliothèque du monastère, dans des cabinets en bois, dorés, hauts sur pieds (voir billet suivant).

ms-tha-smithsonian.jpg Tripitaka, ou canon bouddhique, manuscrit thaï sur feuilles de palmier, ais en laque noire avec motif de feuilles dorées, cadeau du Roi Chulalongkorn, 1893, Département d’Anthropologie, Smithsonian Institution

ms-pali11.jpg Manuscrit pali, ais et première ôle de chaque liasse décorés

Sources : Extrait de la banque de données de l’Ecole française d’Extrême-Orient, EFEO DATA, Jacqueline Filliozat, 2006; voir aussi L’Aventure des Ecritures, matières et formes, BnF.


 

La Siam Society (Bangkok) juillet 5, 2007

Filed under: bibliothèques à Bangkok — boscaurelie @ 3:28

La « Siam Society under Royal Patronage » a été fondée en 1904, rassemblant les historiens, archéologistes et épigraphes les plus éminents. Sa mission est d’encourager l’étude de l’art, de la culture, des sciences et de l’histoire naturelle de Thaïlande et des pays voisins. Elle compte aujourd’hui 1700 membres, thaïlandais et étrangers (50 nationalités).

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La bibliothèque est un lieu de passage obligé (et fort agréable!) pour toute recherche concernant la région : 25000 documents (livres, périodiques, manuscrits, manuscrits sur feuilles de palmier, cartes, photographies, documents audiovisuels, thèses, etc) en thaï, anglais, japonais, allemand, français, concernant les arts, lettres, sciences sociales et sciences naturelles, ainsi qu’une important collection sur le bouddhisme. Depuis 2003, les livres sont catalogués informatiquement et le catalogue est accessible en ligne.

La Siam Society publie deux périodiques : Journal of the Siam Society et Natural History Bulletin, ainsi que des ouvrages concernant l’histoire et la culture l’Asie du Sud-Est (plus d’une centaine de titres à ce jour).

Enfin la Siam Society est un havre de paix et de verdure en plein centre de Bangkok, ouvert au public, qui peut visiter une maison traditionnelle thaï dans laquelle a été aménagé un petit musée d’ethnographie.

 

Bibliothèque nationale de Bangkok juin 29, 2007

Filed under: bibliothèques à Bangkok,patrimoine — boscaurelie @ 8:39

La Bibliothèque nationale de Thaïlande a été créée en 1905 par le Roi Rama V qui a réuni de trois bibliothèques royales en l’honneur de son père, le roi érudit Rama IV. Située à l’origine dans l’enceinte du palais royal, elle a déménagé plusieurs fois, par manque de place, notamment après le don par Rama VII de la collection de manuscrits de Rama VI. Le bâtiment actuel, inspiré des formes de l’architecture traditionnelle, date de 1966 : 16000 m2, 1500 places assises et 7 salles de lecture, actuellement en rénovation. En 1975, un autre bâtiment a été ajouté pour abriter la collection de cabinets à manuscrits. Quant à la bibliothèque pour enfants, elle a ouvert en 1985. La Bibliothèque nationale est à la tête du réseau des 17 Bibliothèques régionales, créées ces 25 dernières années. Il y a au total 850 bibliothèques publiques en Thaïlande, 99 bibliothèques universitaires, et 147 bibliothèques spécialisées et/ou privées.

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Le personnel : 350 personnes dont 130 bibliothécaires et une vingtaine de spécialistes des langues orientales. Même si l’on peut lire dans une monographie sur la Bibliothèque (et il est d’ailleurs révélateur que cela ait été écrit !) que le personnel est recruté après un examen ouvert à la concurrence ( !), j’ai entendu dire que, tout comme au début du 20e siècle, le personnel est encore en partie composé de fonctionnaires aux charges héréditaires, familles princières, religieux de haut rang, …

Les collections : 2 millions de livres en thaï, 500000 livres en d’autres langues, 61000 livres imprimés rares et anciens (dont le plus ancien, imprimé en Thaïlande, date de 1836), 3500 titres de journaux et périodiques (mais la Bibliothèque n’a pas l’intégralité du Bangkok Post !… qui est à la British Library) , 320000 manuscrits dont 225000 sur feuilles de palmier. Voici le détail des collections de manuscrits :

  • 53 inscriptions épigraphiques originales dont les plus anciennes datent du 6e siècle, et plusieurs centaines d’estampages
  • 90000 manuscrits thaïs sur papier, pliés en paravent (un tiers est catalogué)
  • 225000 manuscrits sur feuilles de palmier, principalement des textes religieux (les trois quarts sont catalogués)
  • ainsi que 375 cabinets à manuscrits, lacqués et dorés, dont les plus anciens datent de la période Ayutthya (14e-18e siècles)

lacqer2.jpgCabinet à manuscrits, Wat Rakhangkhositaram, Bangkok

Dans la salle de consultation des manuscrits, des vitrines de présentation (un peu datées mais intéressantes) montrent le matériel du scribe, les supports, les écritures, l’illustration, la reliure, etc. D’après la Newsletter du CDNLAO de 2004, n°50, 3000 manuscrits sur feuilles de palmier, 3000 manuscrits sur papier et 420 photographies d’inscriptions ont été numérisés en 2003 et sont consultables sur CD-ROM.

La Bibliothèque est ouverte du lundi au vendredi, de 9h-16h. Voici la salle de lecture rénovée :

salle-de-lecture.jpg

Une des salles non rénovées :

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L’opac est consultable en ligne (Horizon Information Portal 2.1 de Dynix), avec interface en thaï ou en anglais.