Bibliothèques d’Asie du Sud-Est

Le Blog d’une conservateur en disponibilité devenue pour un temps “travelling librarian”…

Musée des Arts Islamiques : Atelier de conservation / restauration septembre 30, 2008

Classé dans : conservation, patrimoine — boscaurelie @ 9:29

Le Centre de Conservation du Musée des Arts Islamiques a ouvert en 2003 et fonctionne aujourd’hui avec 15 professionnels de la conservation. Un des acteurs de l’ouverture du centre et son actuel directeur adjoint est d’ailleurs un spécialiste de la conservation du papier, en retraite de sa carrière aux Archives Nationales de Malaisie (retraite à 54 ans pour les fonctionnaires malaisiens ! Ce qui laisse de temps de se lancer dans une nouvelle vie…).

Le Centre de Conservation est divisé en 4 sections :

  • matériaux organiques (not. papier et textile)
  • matériaux non organiques (métal, verre, céramique…)
  • nettoyage des objets
  • laboratoire d’analyses.

Les objets qui entrent dans les collections passent tous un petit séjour dans la “salle d’attente” pour observation. Les objets “douteux” subissent une fumigation et sont mis en quarantaine sous scellés dans un environnement anoxique.

Manuscrits en quarantaine

Poissons d’argent et moisissures sont les infestations les plus fréquentes. Une unité de traitement mobile vient d’être acquise, afin de faciliter les interventions de traitement des moisissures, notamment dans les galeries du musée, sans disperser les spores.

Unité mobile de traitement

Trois restaurateurs spécialisés dans le traitement du papier et du parchemin sont chargés des manuscrits, des livres imprimés, des rouleaux et des reliures. La restauration de 30 rouleaux chinois sur papier est en cours : retrait du support de doublage du dos, nettoyage, petites réparations, remplacement du dos par un doublage en papier Kozo, retouches.

Restauration d’un rouleau sur papier (Chine, 1987)

Conditionnement d’un rouleau

La restauration des livres inclut la reliure et la réparation des livres “modernes” de la bibliothèque du musée, mais aussi la restauration des manuscrits : nettoyage (gommage), réparations en papier Kozo, désacidification en milieu non acqueux, reliure (en Buckram -pas tres esthétique!- ou, si le volume est mince, simple emballage dans du papier de soie), encapsulation dans du mylar pour les documents en feuille.

Le colmatage n’est pas utilisé pour les manuscrits (contrairement à ce qui se fait à la Bibliothèque Nationale de Malaisie, voir billet précédent); si besoin, les manuscrits sont renforcés avec du papier Kozo ou du papier de soie.

Chaque étape du traitement est documentée par des photographies et un rapport écrit :

Le Centre de Conservation propose des formations pour le personnel d’autres institutions de Malaisie. Je n’ai pas vraiment saisi s’il y avait des liens avec la Bibliothèque Nationale, mais il m’a bien semblé des deux côtés que non…

 

Bibliothèque Nationale de Malaisie : atelier de conservation / restauration septembre 24, 2008

Classé dans : bibliothèques publiques en Malaisie, conservation, patrimoine — boscaurelie @ 8:32

Les manuscrits malais sont fragiles : papiers et encres acides, cahiers parfois non reliés.

Le Département de la Conservation de la Bibliothèque Nationale de Malaisie a été créé depuis 1979, pour préserver et restaurer les collections patrimoniales : manuscrits malais, livres anciens, documents déposés dans le cadre du dépôt légal (depuis 1966).

Restauration:

  • fumigation : chaque document qui entre dans les collections subit une fumigation (prestataire externe).
  • nettoyage (gommage) 
  • pagination (pas d’estampillage)
  • test du PH et si nécessaire, désacidification en milieu non-acqueux (méthanol + hydroxyde de barium) pour les manuscrits, et en milieu acqueux pour les livres imprimés (carbonate de magnésium  + dioxyde de carbone)
  • doublage : encollage de la feuille de papier japon posée sur la page de manuscrit avec de la carboxy-méthylcellulose, au travers d’un écran en polyester
  • séchage
  • mise sous presse
  • détourage au cutter
  • autre alternative : comblage machine (table aspirante) si l’état du manuscrit le supporte (!)

Ensuite les pages sont massicotées et le tout est relié… On est plutôt loin de l’aspect initial du manuscrit ! :(

Alors que le discours du chef-restaurateur (enfin ce que j’en ai compris !) est que tous les manuscrits un peu abîmés subissent ce traitement, celui des bibliothécaires (même remarque) est que ce sort est réservé aux seuls manuscrits en très mauvais état…

Les livres imprimés du 19e dont le papier est cassant sont doublés avec du “Crompton tissue ” (à base de PVA, encollage au fer à repasser).

Istituto Centrale di Patologia del Libro : Carlo Federici est venu en 2000, et a introduit les techniques de restauration aujourd’hui utilisées (à la place du doublage des manuscrits avec de la soie et de la reliure systématique des manuscrits non reliés). Des experts de Corée, d’Allemagne et de Russie sont également venus partager leur savoir-faire.

Contrôle climatique : la stabilité du taux d’humidité est peu aisée à obtenir sous un climat tropical… Aussi des déshumidificateurs mobiles sont utilisés ponctuellement dans les réserves pour suppléer les climatiseurs. Des sachets de gel de silice sont placés tous les 30 cm2 et régulièrement changés. Les thermohygrographes sont surveillés de près, notamment après une forte pluie.

Conditionnement : Des boîtes et des pochettes en matériaux neutres sont utilisées pour conditionner les manuscrits, qui sont rangés à plat sur les étagères.

Le Département de la Conservation compte 33 personnes, dont 22 restaurateurs, qui ont été formés aux Archives Nationale de Malaisie, en Allemagne ou en Inde pour certains. Il joue un rôle de conseil et de formation auprès des biblitohèques publiques de Malaisie, et d’information : deux fois par semaine, il reçoit la visite d’élèves de Kuala Lumpur et des environs !