Bibliothèques d’Asie du Sud-Est

Le Blog d’une conservateur en disponibilité devenue pour un temps “travelling librarian”…

Bibliothèque publique de Kota Bahru octobre 24, 2007

Classé dans : bibliothèques publiques en Malaisie — boscaurelie @ 9:45

Visite édifiante que celle de la bibliothèque publique de Kota Bahru, 100 000 habitants, “ville de l’islam” (“Kota Bahru Bandar Raya Islam”), capitale de l’Etat du Kelantan (1 million d’habitants – seul état de Malaisie dirigé par le parti islamiste d’opposition, le PAS, depuis 1990). Le bâtiment n’est pas très engageant :

kb1.jpg , les collections le sont encore moins :

kb-livresenfants1.jpg (ici les livres pour enfants en malais).

Rien de mieux du côté des livres pour enfants en anglais – j’ai pourtant été attirée par “Enjoy reading”, dont le plus récent des exemplaire date de … 1969.

kb-enfants2.jpg Cela vous donne envie de lire ?

Les seuls livres neufs (= de moins de 10 ans) de la bibliothèque sont ceux du Lincoln Corner (donnés dans les bibliothèques régionales de Malaisie par l’Ambassade des Etats-Unis (!) ), ainsi que quelques périodiques américains. Comme ils ne peuvent pas être empruntés, ces documents sont toujours en bon état !

kb-lincoln-corner.jpg Lincoln Corner

Ah j’oubliai, il y a aussi quelques livres donnés par l’Asia Foundation. J’ai aussi vu d’autres livres neufs dans le bureau du bibliothécaire, mais ils étaient destinées pour la plupart aux 9 bibliothèques du Kelantan pour lesquelles la bibliothèque de Kota Bahru est tête de réseau.

Cela dit, je dois reconnaître que tout est bien rangé dans cette bibliothèque (ce n’est pas le cas si souvent), mais je n’ai pas vu beaucoup de lecteurs…

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De toute façon, si vous vouliez aller à la bibliothèque pour autre chose que lire ou emprunter des livres, n’y pensez-plus ! Garçons et filles sont priés de s’asseoir chacun de leur côté. Vous pourrez toujours vous croiser dans les rayons…

La bibliothèque est ouverte tous les jours sauf le vendredi (équivalent du dimanche dans cet Etat) de 9h à 17h. En dehors des horaires d’ouverture, vous pouvez même déposer vos livres dans les boîtes de retour.

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La bibliothèque de Kota Bahru dessert par bibliobus les zones qui n’ont pas de bibliothèque. L’un est consacré au multimédia (à droite), l’autre aux livres et magazines (à gauche) et s’arrête à chaque station deux fois par mois.

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Je n’ai pas vu d’ordinateur en accès public dans la bibliothèque mais j’ai dû manquer la salle multimédia avec 12 ordinateurs, mentionnée sur le site web (qui donne en page d’accueil les heures des prières du jour), proposant OPAC web et bibliothèque numérique (articles de journaux locaux numérisés). Comme dans toutes les bibliothèques de Malaisie, les inscrits ont accès sur place ou via le site web aux 10 bases de données de Mylib. Le bâtiment est équipé en WIFI.

Intéressant aussi de voir comment le politique et le religieux s’immiscent dans la vie quotidienne. Je ne prendrai qu’un exemple qui concerne la bibliothèque : un dépliant de la Ville, vantant les bienfaits de la lecture, extraits du Coran à l’appui…

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PS: Je ne résiste pas à livrer un détail amusant : la plage de Kota Bahru a été renommée par le sultan “Plage au clair de lune”. Elle s’appelait la “Plage de l’amour passionné”…

 

Bibliothèques publiques au Cambodge octobre 1, 2007

Classé dans : bibliotheques au Cambodge, patrimoine — boscaurelie @ 9:21

Un titre trompeur, puisque “les bibliothèques de lecture publique n’existent pas au Cambodge” – intervention d’un bibliothécaire cambodgien à l’ABF en 2005 qui résume ainsi la situation :

  • “pas de budget régulier pour les acquisitions,
  • pas assez de documents en langue nationale,
  • pas de statut pour le personnel ; certains agents des bibliothèques ont reçu une formation initiale mais pas de formation continue, le reste n’a reçu aucune formation,
  • l’état du mobilier et du matériel informatique laisse à désirer,
  • les moyennes et petites bibliothèques n’ont pas les moyens de s’informatiser.”

Après plus de 20 ans de guerre civile, l’état des bibliothèques du Cambodge est alarmant. On compte aujourd’hui une centaine de bibliothèques au Cambodge qui toutes souffrent du manque de moyens et du désintérêt des autorités. Les nouvelles acquisitions ne sont souvent possibles que grâce à l’aide internationale (voir « La coopération documentaire française au Cambodge. 1993 – 2003 : les principaux acquis », François-Xavier André, mémoire Enssib, résumé ici), et les collections s’accroissent la plupart du temps par des dons, plus ou moins adaptés aux besoins.

Bibliothèque nationale (Phnom Penh)

Fondée en 1924 par Paul Boudet (« l’archiviste de l’Indochine »), elle fut dirigée par des directeurs français jusqu’à l’Indépendance. Sous Pol Pot (1975-1979), elle fut réquisitionnée pour servir de cuisine, et ses jardins pour l’élevage de cochons… 34 des 40 membres du personnel périrent durant cette période. Certains livres servirent à faire du feu, d’autres de papier à cigarette. Réouverte au public en 1980, elle ne revit réellement que depuis 1995 – quand la Coopération Française intervient.

Personnel : 26 personnes, dont 3 ont reçu formation de bibliothécaires, 4 autres ont pu aller en Malaisie, à Singapour et en France pour des stages de courte durée ; quelques bénévoles français. En 2001, le salaire mensuel de base pour un bibliothécaire était de 15 $ US, les obligeant souvent à avoir un emploi complémentaire…

Collections : 50000 livres et 2300 manuscrits sur feuilles de palmier, microfilmés par Cornell University en 1988-1990.Acquisitions : avec peu ou pas de budget, les acquisitions se font grâce à des aides (don annuel d’une enveloppe par la Bibliothèque nationale d’Australie, Programme « Des livres pour l’Asie » de l’Asia Foundation, etc.).

Site web : Hébergé par la librairie Carnets d’Asie (Siem Reap, Cambodge), il a été réalisé par LINUX-KHru Association (Phnom Penh), avec le soutien de l’Ambassade de France au Cambodge (Service de coopération et d’action culturelle, Fonds de solidarité prioritaire de Valorisation de l’Ecrit en Asie du Sud-Est-VALEASE) et du Ministère français des Affaires étrangères. Il comprend :

  • Cambodiana : 3300 livres sur le Cambodge, recherche phonétique possible, contributions des internautes bienvenues pour alimenter la base
  • Mediatnet : base de données bibliographiques francophones sur le Cambodge de 2500 références, d’après les collections de la BN, de la bibliothèque du Centre culturel français et de la librairie Carnets d’Asie
  • Photothèque : 2000 illustrations et photos anciennes des collections de la BN et de la librairie Carnets d’Asie, contributions des internautes bienvenues…

Autres bibliothèques (dignes de ce nom…)

L’Enssib et le Cambodge

Cinq stagiaires ont travaillé au Cambodge et rédigé des rapports de stage et mémoires.

Quelques ressources en France sur le patrimoine écrit cambdogien

Le Fonds indochinois de la BnF rassemble 350 manuscrits des 18e et 19e siècles : sur ôles en feuilles de latanier, en dépliants en forme de paravent, ou sur du papier européen, en langue khmère, pâli-khmer et en pâli. Ils contiennent des textes d’instruction religieuse, des textes littéraires, des textes juridiques, des traités techniques variés, des syllabaires et dictionnaires, des travaux d’orientalistes. Le noyau primitif de la collection est le don de 8 manuscrits khmers par l’Académie des Inscriptions et des Belles lettres à la Bibliothèque nationale en 1865. Dons et achats ont enrichis cette collection. La BnF est également dépositaire des manuscrits de l’Ecole des Langues orientales (1938) et du Musée Guimet (1945).

Epigraphie : un millier d’estampages du 19e siècle d’inscriptions du Champa et du Cambodge, en sanscrit et en khmer archaïque sont conservées au Département des manuscrits (BnF).

Le fonds Adhémard Leclère de la Médiathèque d’Alençon comprend 29 volumes, don d’ A. Leclère (1853-1917), originaire d’Alençon, dernier Résident général du Cambodge, ethnologue, historien, et traducteur. L’inventaire provisoire des manuscrits de ce fonds, ainsi que les inventaires des manuscrits khmers de la Bibliothèque Asiatique des Missions Etrangères de Paris et de la Société Asiatique sont consultables sur le site de l’Association d’Echanges et de Formation pour les Etudes Khmères, à consulter également pour ses autres rubriques, notamment « Espace lecture » – sélection d’ouvrages numérisés (dont certains proviennent de Gallica).

L’Institut d’Asie Orientale, centre rattaché au CNRS, à l’ENS Lettres et Sciences Humaines et l’Université Lyon 2, développe la recherche en sciences sociales sur l’Asie Orientale contemporaine (Chine, Japon, Taiwan et péninsule indochinoise). Voir les « sources et aides à la recherche » proposées pour le Cambodge : noter le don de la collection personnelle du roi Sihanouk à Monash University, Australie – notamment grâce à l’entremise de David Chandler, chercheur au Monash Asia Institute et auteur d’un grand nombre d’ouvrages sur l’histoire du Cambodge et des Khmers Rouges ; et le programme de recherche de Yale University.

Images numérisées des collections françaises sur le Cambodge

  • Médiathèque de l’Architecture et du patrimoine, base Mémoire
  • En consultation sur place, images de la Guerre d’Indochine et des opérations françaises au Cambodge en 1991-1993, à la Médiathèque de la Défense (fonds de l’ECPAD, Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense).

Archives audio-visuelles

Le Centre d’archives audiovisuelles Bophana a ouvert en 2006 à Phnom Penh, avec le soutien de l’Institut National Audio-Visuel , qui propose 300 videos sur le Cambodge.

Divers

En 2006, a eu lieu au Musée Rodin une exposition (juin-septembre 2006) qui a donné lieu a un catalogue : Rodin et les danseuses cambodgiennes, Sa dernière passion (RMN, 2006),témoignage de la fascination de Rodin pour les danses cambodgiennes qu’il avait eu l’occasion de voir lors de la venue en France de Sisowath Ier, roi du Cambodge, accompagné du ballet royal, en 1906.