Je n’ai pas tenu ma promesse de faire un compte-rendu en direct de la Conférence sur le Dublin Core, ni même en différé… Mais cela viendra !
En attendant, quelques mots sur les collections patrimoniales de la Bibliothèque nationale de Singapour. J’ai eu l’opportunité de visiter la Réserve précieuse et de pouvoir rencontrer une dizaine de personnes du service patrimoine – mais à vrai dire ce sont plutôt eux qui m’ont fait parler ! Ils étaient très intéressés par le patrimoine dans les bibliothèques françaises et ne pouvaient pas attendre la présentation que j’ai faite ensuite (30 personnes, BN de Singapour et quelques bibliothécaires de BU)… Quelques unes des questions qui m’ont été posées : Quel est le prix et la date du document le plus précieux de la bibliothèque d’Orléans ? (ma réponse les a laissés sans voix ! des fragments du 5e siècle !!!) Comment les documents de la Réserve sont-ils assurés (pièce à pièce) ? Les documents numérisés dans Gallica sont-ils moissonnables par protocole OAI-PHM ? (heureusement j’avais en tête cette présentation de F. Joannic Seta).
Un peu d’histoire…
La Bibliothèque nationale de Singapour est née en 1823 au sein de la “Singapore Institution”, établissement d’enseignement secondaire crée par Sir Stamford Raffles, le fondateur de Singapour – la ville est rattachée en 1824 au Protectorat (britannique) des Détroits. En 1844, la bibliothèque devient une institution indépendante et en 1887, elle est intégrée au nouveau Musée de Singapour – et le restera jusqu’en 1960, date à laquelle un nouveau bâtiment est construit pour l’abriter.
La première mention d’une salle de consultation d’un fonds d’histoire de la Péninsule malaise remonte à 1936. En 1964, une salle du nouveau bâtiment est dédiée à l’Asie du Sud-Est, qui comprend les collections suivantes :
- Fonds Logan (1878) : documents sur les langues de la Péninsule malaise et de Mélanésie – Logan est l’éditeur du Journal of the Indian Archipelago,
- Fonds Rost (1897) : documents dans plus de 70 langues orientales, notamment les langues vernaculaires de la Péninsule malaise et de Java, et documents sur les sciences, la géographie et l’ethnologie de l’archipel malais,
- Fonds de la Royal Asiatic Society (1923) : documents sur la Péninsule malaise et ses langues,
- Fonds Ya Yin Kwan ou « du Pavillon de l’Ombre du Palmier » (1964) : 10 000 livres et périodiques en anglais, mandarin et japonais sur la diaspora chinoise et ses répercussions en Asie du Sud-Est,
- Fonds Gibson-Hill (1965) : 600 documents sur l’histoire, l’art, l’archéologie, la zoologie et l’ornithologie en Asie du Sud-Est (Gibson-Hill, ornithotologue et zoologiste, a été directeur du Musée).
En 1979, la Bibliothèque nationale de Singapour devient membre du Consortium des bibliothèques nationales et des centres de documentation d’Asie du Sud-Est, avec les bibliothèques nationales de Malaisie, Thaïlande, d’Indonésie, et des Philippines : leur objectif est de créer un réseau pour accéder aux publications de chaque pays membre.
Dans les années 1980, la bibliothèque s’efforce de combler les lacunes de ses collections en recherchant tout ce qui a été publié à Singapour au 19e et au début du 20e siècle. En effet, le dépôt légal ne date que de 1955 et beaucoup de livres avaient été éliminés pendant l’Occupation Japonaise (notamment des livres en chinois). En 1989, un bibliothécaire est envoyé à Paris et à Londres pour se procurer les microfilms des publications manquantes publiées à Singapour en chinois et en malais entre 1822 et 1966.
Les années 1990 voient le début du microfilmage de certains documents, tandis qu’en 1998, un Fonds Précieux est constitué, avec les documents les plus rares du fonds des Singaporeana. Le retard de catalogage est comblé, notamment avec le catalogage des publications en langues non romanisées (chinois et tamoul). Dans les années 2000, l’accent est mis sur la numérisation et sur la conservation préventive, tandis que les nouvelles acquisitions et la recherche active de donateurs potentiels se poursuivent. En 2005, le Fonds précieux se voit attribuer un étage (level 13) dans le nouveau bâtiment.
Collections sur Singapour et l’Asie du Sud-Est (level 11)
A noter, dans le Fonds des Donateurs (level 10):
- Fonds Koh Seow Chuan : 2500 documents sur l’histoire sociale de Singapour au 19e et 20e siècle,
- Fonds Tan Swie Yan : 6500 documents de la main et de la collection de l’artiste, emblème culturel de Singapour. Poète (Le Géant, 1978), sculpteur, calligraphe, philosophe, créateur de costumes de scène, Tan Swie Yan est le premier à avoir traduit en chinois A. Huxley, H. Michaux, J. Prévert, et S. Beckett. En 1978, il est fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, et depuis 1987, il est le premier et le seul représentant de l’Asie du Sud-Est membre correspondant de l’Académie des Beaux Arts de l’Institut de France. En 1995, il reçoit la Médaille d’or au Salon des Artistes Francais. On trouve ses tableaux à l’Elysée, à Matignon, au Ministère de la Culture, et à l’Institut de France… Sa biographie (Fang Gui Xiang, Tan Swie Hian, The Maestro) a été un des bestsellers asiatiques de l’année 2002.
Deux anecdotes : l’ouverture tardive et dominicale ne date pas d’hier à Singapour (la bibliothèque est ouverte tous les jours de 10h à 21h). En 1887, l’ouverture en nocturne est lancée, mais doit être suspendue suite à divers accidents dus aux lampes à kérosène. Et l’ouverture du dimanche est effective en 1935 ! mais elle sera interrompue par la Seconde Guerre Mondiale, et restaurée seulement (!) en 1991.
